La Chine et les règles du commerce international

Parce que le sujet concerne directement nos emplois et notre balance commerciale, je reprends cet article paru dans le New York Times:

China Uses Rules on Global Trade to Its Advantage

Beijing Financial Street - Bank of Beijing and China Life Headquarters CC

Beijing Financial Street - Bank of Beijing and China Life Headquarters CC

Résumé

Le rôle du Fond Monétaire International est capital pour régler la sous-évaluation du Yuan (monnaie chinoise, également appelée Renminbi). Mais ses règles ne sont pas aussi contraignantes que celle de l’OMC, ce qui permet à la Chine de s’opposer à la publications des rapports.

D’après des fuites au FMI, le Yuan serait sous-évalué d’au moins 20%. Pour un pays, le dumping monétaire favorise les exportations et freinent les importations. Cela dynamise l’économie du pays, en diminuant son taux de chômage, mais en favorisant son accroissement dans les autres pays. Le protectionnisme et la dévaluation de la monnaie ont été des facteurs de la crise des années 30.

La Chine sait user des pouvoirs de contrainte de l’OMC, tout en se jouant du manque d’autorité du FMI, pour un pays qui n’y est pas emprunteur.

L’administration Obama et les membres du G20 sont dans une situation délicate pour la gestion concertée de la sortie de crise. La Chine ne fournit pas les informations nécessaires à la coordination des actions.

Des mesures de rétorsion sont envisagées par des membres du Congrès américain.

Voici une traduction approximative de l’article

La Chine utilise les règles du commerce international à son avantage

Avec la  forte augmentation des exportations chinoises, alors que d’autres grandes puissances économiques peinent à sortir de la récession, il devient évident que la Chine exploite les incohérences dans les règles du commerce international pour stimuler sa propre économie aux dépens des autres, y compris les Etats-Unis.

Cherchant à maintenir sa domination sur l’exportation, la Chine est engagée dans un effort sur deux volets: la lutte contre le protectionnisme parmi ses partenaires commerciaux et en maintenant à un niveau faible la valeur de sa monnaie.

Chine défend vigoureusement sa politique économique. Dimanche, le premier ministre Wen Jiabao a critiqué les pressions internationales sur la Chine, lui demandant de laisser sa monnaie s’apprécier,  leur reprochant de la « pointer du doigt. » Il a dit que le renminbi, la monnaie chinoise, serait maintenu « fondamentalement stable »

Renmibi Wikipedia CC

Renmibi (Wikipedia)

Afin de maximiser son avantage, Pékin exploite une différence de fond entre deux grandes instances internationales: l’Organisation Mondiale du Commerce, qui brandit des sanctions strictes et exécutoire pour les pays qui entravent le commerce et le Fonds Monétaire International, qui agit comme une sorte de chien de garde pour la politique économique  mondiale, mais n’a aucun pouvoir sur les pays comme la Chine qui ne lui empruntent pas d’argent.

International Monetary Fund building on Pennsylvania Avenue in Washington, D.C. -

IMF building in Washington, D.C. (wikimedia CC)

La Chine a enregistré un excédent 198 milliards de dollars dans ses échanges avec le reste du monde l’an dernier, et ses exportations vers les États-Unis dépasse celle des importations avec un ratio de plus de quatre pour un.

Malgré cela, au cours des 12 derniers mois, Pékin a déposé plus de plaintes que tout autre pays auprès des puissants tribunaux de l’OMC à Genève.

De plus, Pékin a travaillé pour supprimer une série de rapports du FMI depuis 2007, rapports  documentant comment ce pays a considérablement sous-évalué sa monnaie, le renminbi, ont déclaré trois personnes ayant une connaissance détaillée des actions de la Chine.

La Chine achète des dollars et autres devises étrangères – plusieurs centaines de milliards de dollars par an – en vendant plus de sa propre monnaie, ce qui abaisse sa valeur. Cette intervention a aidé les exportations chinoises à croître de 46 pour cent en Février rapport à l’an dernier.

Beaucoup de grands économistes universitaires voient une contradiction fondamentale dans le système mondial de surveillance sur le commerce et la monnaie.

« Beaucoup d’entre nous voudraient voir des engagements de type OMC, très coercitifs, étendus à d’autres organismes internationaux, comme le FMI » a déclaré Jagdish Bhagwati, économiste à  Columbia University.

Les pays occidentaux espéraient l’an dernier mettre la pression internationale sur la Chine, après des années à se plaindre que du maintien par Pékin du Yuan à un niveau artificiellement bas.

Une monnaie sous-évaluée maintient les exportations bon marché en direction des marchés étrangers tout en rendant les importations coûteuses. Cela rend l’excédent commercial  plus probable, réduisant le chômage dans ce pays, tout en augmentant le chômage chez ses partenaires commerciaux.

En septembre dernier, à Pittsburgh, le président Obama, le Président Chinois Hu Jintao et d’autres dirigeants du G20,  ont convenu que tous les pays du G20 devraient commencer à partager leurs stratégies économiques, en Novembre. L’objectif était de coordonner leurs sorties de leurs programmes de relance et d’eéviter au monde une embardée de la récession directement vers l’inflation.

Les dirigeants du  G-20 ont convenu que le FMI jouerait le rôle d’intermédiaire.

Mais deux personnes informées de la réponse de la Chine, ont déclaré que le gouvernement chinois a dépassé le délai de Novembre et qu’il a ensuite présenté un document vague contenant surtout des données historiques.

Ces personnes ont déclaré que la Chine craignait de donner des munitions aux détracteurs de sa politique monétaire au sein du Fonds Monétaire et au-delà.. Les deux personnes ont demandé l’anonymat en raison des comportements de la Chine quant au sujet de sa politique économique.

Si la Chine est prise à manipuler sa devise, ce pourrait être un défi politique et économique pour l’administration Obama.

Le Président Obama, a appelé jeudi la Chine à mettre en place « un taux de change davantage orienté par le marché ». La réponse de défi de la Chine met l’administration américaine dans une position délicate.

La Chine est le premier acheteur de bons du Trésor à un moment où les États-Unis ont des déficits budgétaires sans précédent et ont besoin que la Chine continue à acheter ces obligations pour financer la dette américaine. Mais le Trésor fait aussi face à une date limite du 15 avril pour inscrire ou non la Chine dans la liste des pays qui manipulent la valeur de leur monnaie.

Si la Chine est dans la liste, ceci pourrait encourager les membres du Congrès discutent déjà de restrictions sur les exportations chinoises vers les États-Unis. La Chine qualifierait sans doute de telles représailles comme du protectionnisme, conduisant à une dégradation générale dans les relations bilatérales déjà tendues.

Chine commence à décrire ses interventions monétaires comme une stimulation. Mais à la différence des dépenses publiques supplémentaires aux États-Unis et dans d’autres pays, l’intervention de la monnaie ne développe pas la demande mondiale, mais la déplace d’autres pays vers la Chine.

Deux fléaux étroitement liés ont joué un rôle central dans l’effondrement du commerce mondial dans les années 1930: le protectionnisme et les dévaluations protectionnistes. Après la Seconde Guerre mondiale, les dirigeants mondiaux ont mis en place deux institutions,  connues aujourd’hui comme l’OMC et le FMI, pour réduire le risque d’une nouvelle Grande Dépression.

Contrairement à son prédécesseur, qui avait un faible dispositif d’arbitrage, et dont les décisions pourraient être facilement bloquée par le pays perdant, l’Organisation du Commerce possède des tribunaux puissants depuis 1995.  Ces tribunaux peuvent ouvrir la voie à l’imposition de sanctions de l’ordre de milliards de dollars.

Le dépôt d’une plainte contre un autre pays constitue la plus lourde artillerie à la  disposition de pays en conflit commercial. Mais il est aussi coûteux.

La préparation d’un dossier et son suivi auprès du tribunal peut facilement coûter des millions de dollars en frais juridiques, et des pays à faible revenu ont rarement les moyens de poursuivre.

La Chine a rejoint l’OMC en 2001 et dans ses sept premières années a engagé des poursuites pour seulement trois cas. . Mais elle a intensifié son rythme récemment, et a déposé quatre des 15 cas de l’année dernière: deux contre les États-Unis, sur la volaille et des pneus, et deux contre l’Union européenne, sur les attaches d’acier et de la volaille.

Le Fonds Monétaire n’a pas acquis des pouvoirs similaires à ceux de l’organisation du commerce.

Les politiques du FMI lui demandent de communiquer régulièrement des documents et des informations. Mais en vertu des règles, un pays membre peut décider de ne pas autorise la communication d’un rapport, a déclaré un fonctionnaire de l’organisation.

La Chine a autorisé la publication de ses rapports jusqu’à ce que le conseil exécutif du Fonds monétaire décide en Juin 2007 que les rapports devraient accorder plus d’attention aux politiques monétaires. La Chine a discrètement bloquée la publication de rapports sur ses politiques depuis, sans fournir de raisons spécifiques au FMI.

Une personne qui a vu des copies du plus récent rapport l’été dernier a déclaré que le personnel du Fonds monétaire a conclu que le renminbi a été «largement sous-évalué. » .

Le Fonds monétaire considère qu’une monnaie est largement sous-évaluée si elle est de plus de  20 pour cent inférieure à sa juste valeur de marché.

Plus de quatre-cinquièmes des membres du FMI autorisent la publication de rapports annuels de l’agence sur leurs économies.

Les pays bloquant les rapports sont souvent étroitement contrôlés, omme le Myanmar, le Soudan, le Turkménistan et l’Arabie saoudite, bien que le Brésil n’ait pas non plus publié ses rapports.

La banque centrale chinoise n’a pas répondu aux appels et aux messages demandant des commentaires.

L’indicateur principal de l’intervention d’un pays sur les marchés de la monnaie est le niveau de ses réserves en devises. La Chine a arrêté l’appréciation du yuan face au dollar en Juillet 2008;  du 30 Juin 2008, au 31 décembre de l’année dernière, les réserves de change de la Chine ont augmenté de 590 milliards de dollars. Une petite partie de l’augmentation reflète les intérêts sur les obligations, l’appréciation des stocks et des fluctuations monétaires.

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2 réponses à La Chine et les règles du commerce international

  1. Mamouchka dit :

    La chine présente un double soucis pour l’occident :
    – la qualité démocratique de son pouvoir
    – La qualité domestique de son économie.

    Pour le pouvoir, je ne développe pas…
    Pour l’économie :
    Quelle est le volume du marché intérieur de la Chine et sa capacité à produire SEULE, pour elle-même ?
    La monnaie comme les salaires et la main d’œuvre sont « variable d’ajustement ».
    Après le communisme pur et dur nous voici avec le « regulatory arbitrage » des plus fervents libéraux… rappelez-vous le livre de Supiot !
    Il ne faut pas oublier que la Chine ne dispose pas de la « sécurité sociale » et que chacun doit mettre de l’argent de coté et avoir un fils pour protéger ses vieux jours… Cet argent immobilisé pour la consommation est un puissant levier pour les banques chinoises « nationales » pour investir dans le monde et acheter des dettes de le Etat Américain…
    D’où la difficulté pour les 2 blocs à ne parler que d’économie…et taire la dépendance financière de l’un sur l’autre…

    Mamouchka.

Les commentaires sont fermés.